Voici le quinzième épisode du Manège enchanté et son épilogue.
Dans le quatorzième épisode, Alexandra apporte une lettre de Juliette à Joseph à laquelle il répond.

Cher Joseph,

Je vous ai menti, mais vous êtes bien placé pour savoir que tout le monde ment.

Mon père n’est pas mort en prison

et si je n’ai pas été petit Rat de l’Opéra

c’est parce que je n’étais pas assez douée, tout simplement.

Par contre je n’ai pas menti à propos de mes études de droit, mon professeur nous a effectivement emmenés dans une prison et le choc que cela a provoqué en moi a induit les remords qui m’ont conduite jusqu’à vous.
Ma mère m’a toujours parlé de ce père absent, elle ne m’a pas caché qui vous étiez.
Du plus loin que je me souvienne, elle vous évoquait avec des mots qui laissaient entrevoir son amour pour vous.

Si elle savait !

Je ne lui dirai jamais, ce serait trop cruel.
J’ai parlé à mon grand-père de mon intention de vous rendre visite en prison, il était contre, vous pensez bien, je ne regrette pas de ne pas l’avoir écouté.
Malgré tout, lorsqu’il a compris ma détermination, il m’a aidée dans mes recherches et a activé ses relations pour obtenir ce droit de visite.
Il est comme ça, généreux.
Lorsque vous avez évoqué votre relation incestueuse avec ma mère, c’est à lui que je me suis confiée, j’allais si mal.
Il était tellement furieux qu’il a voulu mettre un contrat sur votre tête, j’ai réussi à l’en dissuader.
Lorsque j’ai appris de votre bouche l’indicible, j’ai été tellement bouleversée que je n’ai pas parlé pendant trois jours. Ma mère a cru que je tombais malade, elle était folle d’inquiétude. J’ai réussi à me reprendre, pour elle.
Elle m’a donné tout l’amour qu’une mère peut donner à son enfant et mon grand-père a été exceptionnel, il a tenté de compenser l’absence d’un père et il a parfaitement réussi.
Je l’aime que cela vous plaise ou non.
Il a eu la générosité de ne pas me faire payer vos monstruosités.
Contrairement à vous il sait faire la part des choses et ne pas rendre coupable, un enfant innocent des erreurs de son géniteur.
Vous imaginez bien que j’ai longuement hésité à revenir vous voir après vos révélations.
Mon grand-père a largement essayé de m’en dissuader, mais une fois encore je ne l’ai pas écouté, parce que vous êtes mon père, je n’y peux rien, c’est ainsi.
Je veux casser cette réaction en chaine, que mon grand-père et vous avez provoquée.
Si un jour j’ai des enfants, ils connaitront la vérité, je veux que cette malédiction cesse.
Je protégerai ma mère.
Il est essentiel de savoir d’où l’on vient, c’est la raison pour laquelle j’ai initié ces entretiens avec vous, même si je ne m’attendais pas à avoir si mal.
Grâce à vous j’existe et cela je ne peux vous l’ôter.
Je ne sais pas si je vous pardonnerai le mal que vous avez fait, je ne suis pas sûre d’être capable de vous aimer.
J’ai compris à travers ce que vous m’avez raconté que vous aimiez cette petite fille que j’ai été, c’est peut-être pour cela que j’ai continué à venir vous voir et c’est sans doute aussi la raison pour laquelle je vous écris aujourd’hui.
Je suis contente d’avoir une demi-sœur, je suis en contact avec Juliette.
Vous vous en doutez, je l’ai retrouvée grâce à mon grand-père.
Je vous souhaite bonne chance dans votre nouvelle vie,
Je ne sais pas si je pourrai un jour vous appeler papa.
Ambre.

Épilogue

Aujourd’hui seize décembre je sors de prison.
Remise de peine pour bonne conduite, ils ont dit.
J’ai quand même fait douze ans aux frais de l’état.
Il est midi le soleil brille dehors, les gardiens qui ne sont pas des mauvais gars, m’ont souhaité bonne chance et m’ont informé que j’allai me les cailler, vu que je n’ai que ma tenue d’il y a douze ans, quand je suis entré dans cet hôtel de luxe le jour mémorable du dix août et que je n’avais pas eu le temps de faire ma valoche.
Je m’en fous, je suis devenu insensible au froid comme au reste et si je meurs d’une fluxion de poitrine, ça fera un déchet de moins sur terre.
Personne n’est au courant de cet événement considérable qu’est ma sortie de taule, d’ailleurs qui aurait pu l’être ?
Donc aucune chance que qui que ce soit m’attende.
Je ne sais pas où crécher, vu le peu d’argent que j’ai en poche.
La sonnerie caractéristique de l’ouverture de la première porte que j’avais plusieurs fois franchie pour rejoindre Ambre lorsqu’elle s’appelait Alexandra.
Deuxième porte vitrée, les mecs dans les couloirs qui me regardent avec envie, voire jalousie, certains me font un signe, me disent une connerie.
Long couloir d’accès à l’entrée principale, j’aperçois le portail qui va s’ouvrir sur la liberté.
Mais quelle liberté ? La solitude ? La rue ?
La peur surtout.
Le mec plein de fric qui va dormir dans la rue parce qu’il ne peut pas le récupérer.
Car je suppose que les flics n’ont pas la mémoire suffisamment courte pour avoir oublié, ils sont à l’affût, ils ne me laisseront pas en paix tant qu’ils n’auront pas mis la main sur mon pognon.

Je sors à reculons, je m’étais tellement adapté à cette vie de merde, que je redoute d’en vivre une autre, encore pire.
Le soleil bas de décembre arrive à m’éblouir.
Il ne fait pas si froid.
Le parking est vide ce n’est pas l’heure des visites, ces visites que je n’ai jamais eues.
J’ignore où aller, j’ai juste de quoi prendre un bus.
Pour quelle destination ? Je ne sais pas.
Juliette et Ambre me pardonneront-elles un jour ?
Et Marie, la rencontrerai-je ?
Je garde espoir et c’est pour cela que je vais continuer à vivre.
Où sont-elles ? Les reverrais-je ?

Ces bus qui sillonnent la France mènent chacun à une destination différente, laquelle choisir ?
Marseille, Lyon, Bordeaux ?
Autant aller vers le sud.
Je ferme les yeux, j’en choisis une au hasard, amstramgram…
Bordeaux !

En route pour Bordeaux, là ou ailleurs quelle importance.
Je les retrouverai, je vais y employer toutes mes forces, j’en fais le serment.

Bordeaux me voici !
Bordeaux, Bordeaux, c’est une ville de rupins ça !
Il y a des investisseurs à Bordeaux ?
Allez, tourne manège, tourne !

CS 😉

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