Voici le quatrième épisode de mon roman feuilleton CUPIDITÉ.

Résumé de l’épisode précédent :

Suzie évoque l’amour qu’elle a éprouvé étant adolescente pour une amie de lycée.

LA FILLE

Après j’ai végété dans des études qui ne m’intéressaient pas, plus rien n’avait d’importance, je ne voulais que mourir.

Mais je n’y suis pas arrivée, c’est bien là mon problème, ce manque de courage maman.
Je n’ai pas réussi à passer à l’acte. J’y ai pensé souvent tu sais, surtout à cette période bien sûr, mais aussi depuis.
J’ai si souvent songé que la vie était trop dure.

Tu as l’air étonnée comme toujours, mais oui je suis un être sensible, même si tu en doutes. Moi aussi j’ai besoin d’affection, et on ne peut pas dire que j’en regorge.

M’as-tu prise une fois dans tes bras ?

Est-ce que, si tu remontes dans tes souvenirs, à part lorsque j’étais bébé, quand je suppose, tu n’étais pas encore dégoûtée de moi, est-ce que tu as une image de moi dans tes bras ?

Certainement pas, en tout cas moi je n’en ai aucun souvenir.

Est-ce que je me trompe lorsque j’ai ce sentiment de vous avoir toujours plus ou moins dégoûtés ?

Je ne crois pas, non.

Vous ne vouliez pas de moi, voilà le constat.

Mon frère c’est autre chose, vous l’avez toujours adoré, du plus loin que je me souvienne, vous le dévoriez des yeux.
J’admets qu’il était beau, c’est vrai.

Mais la beauté extérieure est-elle vraiment la seule chose qui compte ici ?

Est-ce que je méritais votre mépris ?

Ne fais pas l’étonnée, les enfants ressentent ces choses même s’ils ne comprennent pas tout.
Je ne suis peut-être pas très intelligente, mais il n’est pas nécessaire d’être Einstein pour comprendre que tu aurais voulu une jolie petite fille, avec qui tu aurais joué à la poupée en la coiffant avec de jolis rubans dans ses beaux cheveux blonds, alors que mes cheveux marrons sont incoiffables.

Cette petite merveille aurait excellé à l’école, serait revenue à l’heure du goûter avec sa meilleure amie et se serait enfermée avec elle pour rire et jouer à des jeux idiots, tout en déblatérant sur les copines de classe et en gloussant à l’évocation des garçons du voisinage.

C’est vrai, vous n’avez jamais connu ça avec moi, je rentrais maussade d’une journée pénible durant laquelle, les bons jours, personne ne m’avait adressé la parole et les mauvais, la petite fille aux beaux cheveux blonds s’était moqué de moi avec ses copines.

Malheureusement pour moi, je ne suis pas croyante, c’est bien dommage cela m’aurait sans doute aidée.
Je serais certainement plus heureuse aujourd’hui, mais bon, j’ai essayé, je n’y arrive pas c’est comme ça.
Je ne peux pas me résoudre à remettre mon destin entre les mains de quelqu’un d’autre, fut-il un Dieu.

Enfin bref, si un autre monde existe, j’espère que la beauté de l’âme compte plus qu’ici.

Moi aussi je l’adorais mon petit frère.

Il m’appelait sa “zizi“ et même si ce surnom était ridicule, je ne lui en voulais pas, car il le disait sans malice.

Il m’aimait, c’était cela qui comptait et je l’aimais en retour.
À cette époque je croyais que le monde fonctionnait ainsi.

Lorsque vous m’avez envoyée en pension, il m’a défendue, il ne voulait pas être séparé de moi.

Il était bien le seul.

Il est vrai, je l’admets, j’étais assez pénible.
Je fumais en cachette et je commençais à me droguer, je suppose que tu le savais.
J’étais plutôt odieuse je l’avoue.
Pour ma défense, mon père, ton mari, était très dur avec moi.
Les claques volaient lorsque je rentrais de l’école avec une mauvaise note et comme elles n’étaient jamais assez bonnes pour lui, j’avais fini par jeter l’éponge, d’où l’échec retentissant au Brevet.

Je tremblais de lui apprendre.

Il m’a punie une semaine.
Une semaine sans sortir de ma chambre, c’est long. Heureusement que Patrick venait parler avec moi à travers la porte lorsque vous aviez le dos tourné, sinon je serais devenue folle.

Mais passons.
Je ne t’en veux pas pour cela non plus ma petite maman, tu ne voulais pas t’attirer ses foudres, comme je te comprends.

Ne t’inquiète pas, cela ne m’empêchera pas de me sacrifier pour toi, je t’aime ma petite maman.
Je vais te faire manger ta soupe aux poireaux, tu aimes tellement ça.

Je dois t’emprunter ta carte de crédit pour tirer des sous au distributeur. Je paye tout en espèces, personne n’a besoin de savoir ce que nous faisons de ton argent.

Ne t’inquiète surtout pas, j’ai mis en place un virement automatique mensuel de ton compte vers un compte spécial, que j’ai créé grâce à tes identifiants sur internet.
Comme je sais que tu n’y comprends rien, je m’en suis chargée.

Là où il est personne ne peut l’atteindre et surtout pas ton fils.
Je te le répète, maman, ton argent est en sécurité.
La preuve, le banquier n’a rien trouvé à y redire, mais il est vrai que les banques, tant qu’il y a de l’argent sur les comptes ne se soucient pas vraiment de leurs clients, n’est-ce pas ?
Je m’occupe de tout, tu n’as plus à t’inquiéter.
Dans ton état, que pourrais-tu faire ?

Pas grand-chose.

Heureusement, je suis là

À suivre. CS;)

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