Voici le quatorzième épisode du Manège enchanté.
Dans le treizième épisode, Joseph raconte qu’elles ont été ses dernières escroqueries, avant d’échouer en prison.

Je vous ai apporté quelque chose.

Ah oui ? Un cadeau ? C’est gentil.

Je ne sais pas si c’est un cadeau, c’est une photo.

Est-ce que vous reconnaissez cette personne ?

Faites voir ! Mais c’est Juliette enfant ! Où l’avez-vous trouvée ?

– Je vais vous expliquer, je vous trouve très sympathique, mais je persiste à avoir du mal à vous croire, j’ai eu besoin d’avoir un témoignage, pardonnez-moi.
– Je vois, vous…..Vous l’avez retrouvée c’est ça ? Elle va bien ? Elle est partie de son plein gré je suppose. Je m’en doutais notez bien, elle s’est aperçue de son erreur, Cela lui a pris du temps, mais elle a fini par comprendre qu’elle ne pouvait pas rester avec un mec comme moi. Je la comprends, je ne lui en veux pas, vous pouvez lui dire. Mais comment l’avez-vous retrouvée ?
– Ce n’est pas aussi simple, la personne que vous voyez sur cette photo n’est pas Juliette, mais sa fille, votre fille.
– Quoi ? Qu’est-ce que vous racontez, c’est impossible, si elle avait été enceinte elle ne serait jamais partie.
– Elle n’est pas prête à vous donner d’explication. Elle ne dit pas que ce sera toujours le cas, elle a accepté de me donner cette photo, mais pour l’instant elle ne souhaite pas aller plus loin.
– Mais dites-moi au moins comment vous l’avez retrouvée.
– Je vous le dirai mais pas aujourd’hui.
– Vous êtes bien mystérieuse, En tout cas je vous remercie, aujourd’hui est un jour incroyable, j’ai une seconde fille. Vous êtes une des rares personnes qui se soient intéressées un jour à moi. Je peux les compter sur les doigts d’une main. Si je le pouvais, je vous embrasserais, mais bien sûr je ne peux pas.
– Il ne vaut peut-être mieux pas.
– Bien sûr, ne vous inquiétez pas j’ai l’habitude. Merci encore. Vous êtes un ange tombé du ciel, quand je pense aux horreurs que je vous ai dites à notre deuxième rencontre, je suis vraiment désolé.
– Mais non, vous savez bien que vous n’aviez pas tout à fait tort, personne ne fait rien gratuitement, même pas moi, surtout pas moi. J’espère vous apporter de bonnes nouvelles la prochaine fois.

– Bonjour Joseph, avant notre entretien d’aujourd’hui, je veux vous remettre cette lettre.
– Ah…. Merci

” Raphaël ou devrais-je dire Joseph ?
Je ne pensais pas t’écrire un jour, j’ignorais que tu étais en prison, je n’ai jamais cherché à avoir de tes nouvelles, j’étais tellement en colère, déçue, blessée.
Je l’avoue, moi aussi j’ai fait une chose malhonnête, je ne t’ai pas dit que je voulais un enfant de toi, j’étais prête à assumer ce fruit de notre amour si tu avais refusé, je t’aimais tant.
Finalement je n’ai pas eu l’occasion de te demander ton avis.
Ce matin-là lorsque j’ai su que j’étais enceinte, j’étais si heureuse. Je suis passée à mon appartement avant de me rendre à la boutique, je voulais t’apprendre la nouvelle de manière originale, en te faisant cadeau d’un hochet qui m’avait appartenu bébé.
Lorsque je suis entrée chez moi, une enveloppe avait été glissée sous ma porte, intriguée je m’imaginais que cette lettre venait de toi, une lettre d’amour, ma naïveté m’a d’autant plus meurtrie lorsque j’ai l’ai lue.
Elle venait de ton père qui ne te décrivait pas sous ton meilleur jour et me laissait un numéro de téléphone où le joindre si je voulais en savoir plus.
Tu m’avais révélé une partie de ce qu’il écrivait, mais il expliquait que tu avais fait du mal à sa fille.
Lorsque j’ai lu cette phrase, j’ai senti ma peau se rétrécir, la plénitude dans laquelle je me sentais une minute avant s’est échappée dans un souffle et un froid immense s’est abattu sur moi.
J’étais pétrifiée, je ne voulais pas en savoir plus.
J’ai donc ignoré ce message pendant plusieurs jours, mais j’ai différé l’annonce de ma grossesse, j’avais du mal à respirer, j’étais oppressée, perdue, le cœur lourd.
Tu ne t’es aperçu de rien.
J’ai fini par craquer, il fallait que je sache, je ne pouvais pas faire ma vie avec quelqu’un que je ne semblais pas connaître si bien que cela.
Je l’ai appelé, il m’a donné rendez-vous dans un café, je m’y suis rendue, tu pensais que je t’attendais sagement à l’hôtel.
Il m’a tout raconté, j’ai cru que j’allais vomir, je suis devenue très pâle, il a eu peur que je m’évanouisse, mais je ne me suis pas donnée en spectacle, j’ai résisté.
Il m’a expliqué qu’il n’était pas particulièrement fier de ce qu’il avait fait à ta mère, mais c’était une erreur de jeunesse d’un jeune con insouciant, alors que tu avais délibérément commis un acte d’inceste pour lui faire mal, à travers lui tu avais touché sa fille, ce qu’il ne te pardonnerait jamais.
Tout ce que tu m’avais raconté précédemment, je l’avais accepté parce que je t’aimais.
J’avais parfaitement conscience de tes actes, mais j’espérais que tu changerais et je t’avais dans la peau.
Après cette révélation, tu me rendais malade de dégoût et non plus de désir.
Je te rejetais par tous les pores de cette peau qui jadis, des années-lumière auparavant, ne respirait que pour toi.
Je n’aurais pas pu te regarder sans te cracher à la figure.
Quel était cet homme que je ne connaissais pas ? Je suis partie le plus loin possible, j’ai rendu mon appartement, démissionné et pris un aller simple pour Delhi. L’Inde me paraissait propice à disparaître. J’espérais que l’éloignement m’aiderait à t’oublier, je me trompais, impossible bien sûr avec ta fille sous les yeux.
Je l’ai appelée Marie, pour dire à la face du monde qu’elle était immaculée, sans tache, vierge de fautes, c’était l’enfant de l’amour et même si son père était un salaud, elle restait l’enfant du désir absolu, de celui auquel on ne résiste pas.
Je ne te donne aucun droit sur elle et je t’interdis d’en réclamer. Je ne sais pas si je pourrai te pardonner un jour, pour l’instant je ne suis pas prête.
Je ne te souhaite plus de mal, porte toi bien.
Juliette.

J’avais eu des difficultés à lire les dernières phrases, car pour la première fois de ma vie je pleurais. Je levais la tête vers Alexandra, elle avait disparu.
J’avais une propension à faire disparaître les femmes de mon entourage qui continuait de m’étonner.

Juliette mon amour,

J’ignore où envoyer cette lettre, j’imagine que je ne le saurai pas plus demain qu’aujourd’hui, tu ne la recevras donc sans doute jamais, mais c’est une nécessité pour moi de l’écrire, je souffre tellement..
Je ne cherche pas d’excuses au mal que je t’ai fait, je n’en ai pas.
Je te comprends et non seulement je te comprends, mais je te donne raison.
Qu’est-ce qu’un type comme moi pouvait apporter à une merveille comme toi ? Rien.
Tant que je ne savais pas ce qu’il t’était arrivé, je ne me remettais pas en question, mais lorsque j’ai appris que tu étais partie malgré notre enfant à venir, j’ai compris à quel point je m’étais trompé et de quelle façon j’avais raté ma vie.
Cette vérité m’a fait l’effet d’un électrochoc, je réalisais que depuis toujours je dormais à poings fermés, je m’étais toujours considéré comme le pauvre con de mouton noir, mes actes étaient définitivement justifiés par mon enfance, l’éternelle victime, j’avais une bonne excuse pour commettre des horreurs, tu m’as ouvert les yeux, mais il est trop tard, j’ai tout gâché.
Je suis heureux que tu aies un enfant de moi, je suis content d’avoir une deuxième fille et même si je ne reverrai pas la première et ne connaitrai sans doute jamais la seconde, ça ne fait rien, deux personnes magnifiques seront issues de cet être malveillant que je suis devenu, parce que leurs mères sont des femmes exceptionnelles
J’espère qu’Emmanuelle n’apprendra jamais quel salaud je suis, Ambre non plus.
Pardonne-moi si tu en as la force et si tu ne me maudis pas, je continuerai mon chemin plus serein malgré ton absence qui me meurtrit chaque jour de l’aube au crépuscule
Je serai toujours Raphaël pour toi

CS 😉

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