Voici le cinquième épisode de mon roman feuilleton CUPIDITÉ.

Résumé de l’épisode précédent :
Suzie reproche à sa mère d’avoir préféré son petit frère.

LA FILLE

Bonjour maman, tu as bien dormi ?

T’es-tu aperçue que la lumière a été coupée cette nuit ? Non bien sûr, tu aimes dormir dans le noir, alors que moi tu le sais bien je ne le supporte pas, cela réveille mes cicatrices d’enfance.

J’ai supposé que les plombs avaient sauté, mais j’ai dû attendre le matin pour aller vérifier, j’étais incapable d’y aller dans la nuit.

Mais pourquoi avoir installé le disjoncteur dans le seul endroit de la maison où il n’y a aucune chambre ?

Traverser le jardin la nuit est aberrant, surtout dans ce pays où il tombe souvent des hallebardes.

Enfin bref, je n’ai pas trouvé le courage de me lever pour vérifier et en même temps j’étais terrorisée dans le noir.

J’ai vu passer ce sourire sur ton visage, tu trouves ça drôle ?

Tu as sans doute oublié la raison de ces terreurs nocturnes.

Lorsque ton mari me faisait descendre de force à la cave dans le noir, sous le prétexte que je n’avais pas fini mon assiette, tu le laissais faire, tu ne venais pas rallumer derrière lui, tu ne te laissais pas infléchir par mes hurlements de terreur, à vrai dire tu t’en fichais.

Ce que tu voulais c’était la paix, ne pas le mettre en colère.

Dans le fond tu es une lâche qui préférait sa paix matrimoniale au bien-être de sa fille.

J’étais terrorisée, j’entendais les souris gratter le mur, je devenais folle. De cette époque j’ai gardé la phobie des rongeurs.

Il venait me rechercher au bout d’une heure qui m’avait parue un siècle.

Après ces séances il obtenait tout de moi, tout pour ne pas y retourner.

Je tenais quelques semaines, le souvenir et les cauchemars me taraudant et puis je recommençais à ne plus vouloir manger, c’était ma seule force de résistance.

Les menaces pleuvaient jusqu’à l’exécution de la sentence.

Un jour il s’est lassé et ne m’a plus enfermée.

J’ai toujours eu une telle force de refus, que je peux faire plier n’importe qui, même lui, mais à quel prix.

J’ai donc passé la nuit à trembler dans mon lit, le cœur sursautant à chaque bruit, le sang refluant dans mes veines.

Je sais ce que tu penses, je suis ridicule, que peut-il m’arriver dans ma chambre fermée à double tours ?

Peut-être, mais tu n’aurais pas dû laisser mon père agir ainsi.

Donc ce matin je suis allée constater qu’effectivement les plombs avaient sauté.

C’est extrêmement suspect, car la nuit était parfaitement calme et ce n’était pas ma veilleuse qui pouvait apporter une surcharge pour tout faire sauter.

Je vais appeler l’électricien, il n’est pas question que cela se reproduise.

Mais je suis contente que tu aies bien dormi. Si tu veux te remettre, il faut bien te reposer. Je vais te faire ton petit déjeuner et ensuite ta toilette, je te brosserai les cheveux comme tu l’aimes tant.

Tu te souviens ? Tu me disais que c’était mieux qu’un massage, de sentir ces petites pointes douces sur ton crâne.

Tu vois, je ne t’en veux plus, ma colère est passée.

J’ai eu si peur cette nuit, j’aurais voulu que tu me prennes dans tes bras.

Au fait, Maryse a appelé, tu dois être contente de savoir que tes amis pensent à toi.

Mais bon je lui ai dit que tu es très fatiguée, elle a bien compris et n’a pas insisté.

Dans ton état je ne vois pas quel intérêt tu aurais à la recevoir, parce que pour ce qui est de la conversation c’est un peu raté, n’est-ce pas maman ?

Et puis nous n’avons besoin de personne, nous sommes si bien toutes les deux, tu ne penses pas ? Mais si.

De toutes façons il n’est pas nécessaire que les gens viennent mettre leur nez dans nos affaires. C’est préférable comme ça. Je suis sûre que tu es d’accord.

Bon, il faut que je me prépare, mon train est à douze heures, tu te souviens que je pars rejoindre Jean-Pierre à Bayonne pour le week-end ?

Clémentine s’occupera bien de toi.

Je reviens lundi matin, tu seras sage n’est-ce pas ? Mais oui.

Ne t’inquiète pas, ton fils ne viendra pas t’importuner pendant que je suis absente.

J’ai porté plainte contre lui.

La première fois, ils ne m’ont pas écoutée, mais lorsque je suis revenue avec ces marques de coups leur attention a été éveillée, il a fallu que j’y retourne trois fois avec des marques différentes pour qu’ils acceptent de réagir enfin.

On peut se faire assassiner, la police s’en moque éperdument.

C’est fou ça tout de même !

Oui tu t’étonnes, tu ne te souviens pas que je me sois fait battre.

Rassure-toi ma petite maman, je te sens inquiète, mais non c’était un stratagème pour l’éloigner, lui et sa malfaisante femme. Ils te veulent du mal, je suis sûre qu’ils pourraient te tuer pour l’argent.

Mieux vaut les éloigner.

Je me suis donné tout ce mal pour toi maman, pour te protéger.

Clémentine est sa complice, je suis sûre qu’il communique avec elle.

Je lui ai fermement expliqué que si elle continuait ainsi, elle perdrait sa place.

J’aime mieux te dire que l’argument a porté ses fruits.

Elle ne tient pas à se retrouver à la rue celle-ci.

Il est vrai qu’une place comme celle-là ne se retrouve pas facilement.

Ceci dit maman, j’ai été obligée de réduire ses heures, elle nous menait à la faillite. Elle a protesté, je lui ai répondu que si elle n’était pas contente elle n’avait qu’à se trouver une place ailleurs, ça l’a calmée.

Je suis sûre qu’elle te vole.

Je l’épie pour la prendre en flag, mais jusqu’à présent j’ai échoué.

Il est vrai que je ne suis pas Hercule Poirot n’est-ce pas ?

Ça ne te fait pas rire, bon, tu n’es pas de très bonne humeur ce matin.

Enfin je suis arrivée à mes fins, ton fils a dû recevoir le papier lui intimant l’ordre de rester éloigné de moi et donc de toi par la force des choses.

Je suis rassurée.

Je t’assure maman que sa Margot est capable d’obtenir de lui n’importe quoi, il est si faible avec les femmes, il l’a toujours été d’ailleurs.

Tu te souviens, ce cœur d’artichaut qu’il avait petit ? Il était perpétuellement amoureux. Et en grandissant il nous amenait chaque semaine une fille différente. Ça rendait fou ton mari.

Qu’est-ce que j’ai pu rire en voyant sa tête à chaque conquête de son fils.

Il était jaloux en fait.

C’est vrai que lui-même ne se privait pas.

Oh maman, je vous ai entendu tant de fois vous disputer à cause de ses maîtresses.

Comme tu pleurais ma pauvre maman, je te plaignais tu sais, oui j’avais pitié de toi, je me demandais pourquoi tu restais avec cet homme.

Il n’était même pas gentil avec toi.

Ce n’était quand-même pas pour son argent ?

Non je ne crois pas. Pour son physique peut-être. Mais tu sais maman, la beauté ce n’est pas tout dans la vie.

Bon on bavarde, c’est bien agréable mais je vais rater mon train moi.

Allez, passe un bon week-end ma petite maman, à lundi.

À suivre CS;)

4 Comments

  • Lecoeur Dany dit :

    Ok il est de bonne heure !!!
    Elle dit à lundi à sa mère et nous on doit attendre jeudi ! Que va t elle lui faire et ce frère qu elle veut tenir à distance pourquoi ? A Jeudi 😔
    J adore

  • ariane legrand dit :

    PERCUTANT !!!
    un “page turner” grinçant, des mots simples, posés à la bonne place pour un effet percutant !
    Bravo Caroline ! et vivement la suite … au boulot …je suis pour la semaine des 4 jeudis !

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