Voici le cinquième épisode de la série Le manège enchanté.

À la fin du quatrième épisode, Joseph se fait virer du supermarché.

Revenons à ma demi-sœur.

Elle c’était une autre paire de manches, pas du tout la paumée de service, loin de là.

Non c’était la fille à papa typique. Adorée par son père, adulée par les mecs, pas le genre à se faire embobiner par le premier venu.

Je m’étais renseigné sur elle sur internet, d’une part elle était loin d’être con, diplômes et tout ça et par ailleurs on voyait bien sur les photos qu’elle était consciente de son physique.

La partie à jouer n’était pas facile, ce qui m’excitait d’autant plus

Comme je n’étais pas dans une période faste question pognon, je louais une chambre minuscule au dernier étage sans ascenseur de l’immeuble en face de leur magnifique hôtel particulier à Bordeaux.
Par contre j’avais une vue imprenable, je restais en observation pendant plusieurs semaines, exactement comme le flic ou le détective qui prend en filature son client.
Je mettais mon réveil hyper tôt le matin pour être sûr de ne pas rater son petit déjeuner, jusqu’à son coucher parfois tard dans la nuit.
J’étais d’ailleurs crevé, je n’avais pas l’habitude de m’astreindre à ce point à une tâche.
Mais au bout de six semaines j’avais cerné ma proie.
Elle avait un mec, premier problème, mais pas insurmontable.
L’attitude du père ne m’échappa pas, il montrait une défiance visible vis-à-vis du tourtereau.
J’appris au cours de ces semaines d’observation à décrypter les histoires sans paroles.
La gestuelle est très intéressante à étudier je faisais énormément de progrès dans cette discipline et devins même imbattable. J’aurais pu ensuite me faire engager chez les profileurs spécialistes des micro-expressions.
Il est vrai que j’étais motivé.

Elle avait des goûts de luxe et l’habitude d’être servie.
J’envisageais de la satisfaire, non pas en lui offrant des rivières de diamants, il ne faut pas encourager les dépenses superfétatoires.
Par contre l’idée germa de participer à ce service qu’elle appréciait tant, j’imaginais me faire engager par papa.

Premier point, le manque d’enthousiasme du père à l’égard du promis me laissait entrevoir la possibilité d’arriver à mes fins, le deuxième point positif et même essentiel, était que fifille travaillait avec papa.

Plutôt que d’essayer de passer par la porte de service de la demeure familiale, je décidais de me faire embaucher au service comptable de leur société.
La fille était spécialisée dans le marketing.
J’avais un bon diplôme, merci maman et les entreprises ont toujours besoin de comptables.
J’eus la chance, après quelques semaines supplémentaires d’attente à crever de faim dans ma chambre de bonne, de repérer une annonce, ils recherchaient un assistant pour la comptabilité.

Il était temps, j’étais au bout du rouleau, quelques jours supplémentaires à ce régime sec et j’abandonnais.

Je me présentais sous mon meilleur jour.
Je vous l’ai déjà dit, j’obtiens ce que je veux, surtout des femmes.
Coup de chance, la personne qui embauchait faisait partie de la gent féminine, précisément.
Elle tomba sous mon charme, je vous parais prétentieux mais c’est la réalité.
J’obtins le poste comme tout ce que je voulais depuis mon enfance, exception faite de l’amour de ma mère.
Je ne saurais expliquer comment ni pourquoi, c’est totalement indépendant de ma volonté mais c’est ainsi.

Vous êtes sensible à mon charme vous ?
Bon décidément, heureusement que je ne cherche pas à vous séduire.

Vous êtes tentée de me dire : qu’est-ce que la fille du patron pouvait bien avoir à faire de l’obscur assistant de comptabilité ?
Rien, bien sûr !
La fille à papa hyper gâtée n’aurait même pas dû me voir.
Comment arriver à la servir pour mieux la séduire ?
Je m’arrangeais pour me rendre indispensable à mon poste.
Pour cela j’étais multi tâches, je me débrouillais pour naviguer à longueur de journée à travers les bureaux et ne cherchais pas à rencontrer la fille, mais au contraire le père.
Il était la clé qui m’ouvrirait la porte du paradis.
Je mis un certain temps à me faire remarquer, je faisais en sorte de satisfaire pleinement mes supérieurs, je voulais que mon nom arrive jusqu’aux oreilles du grand patron. Les autres me traitaient de fayot, je m’en foutais complètement.

J’étais finaliste, seul mon but comptait.
De toute façon je ne souhaitais pas me lier avec qui que ce soit, leur opinion m’importait peu.

Cela dit c’était un patron plutôt odieux, le genre froid qui ne disait jamais, s’il vous plait, ni merci et à qui tout était dû.
La plupart des employés le détestaient, ils ne restaient pas longtemps dans la boite. Ceux qui ne se faisaient pas virer s’en allaient assez rapidement.
Les bavardages allaient bon train à la machine à café. Chacun y allant de sa petite histoire pour geindre sur la tyrannie patronale.
Moi j’en avais connu d’autres à commencer par ma mère, je n’étais pas très impressionné.
Mais il est vrai que j’avais des projets, contrairement à eux.
Par contre la fille avait plutôt bonne réputation, les employés avaient même l’impression qu’elle essayait de compenser l’attitude odieuse du paternel.
Gentille ? Normal c’était ma demi-sœur après tout.

La secrétaire particulière était dévouée corps et âme à son patron et devait sans doute se sentir investie d’une mission suprême, car elle était quasiment aussi odieuse que lui et semblait vouloir ressembler au Cerbère gardant la porte des Enfers, ou alors elle couchait avec lui, je ne savais pas.

Les rumeurs les plus folles couraient sur leur compte, mais aucune preuve en vue.

Je commençais tout de même à désespérer, au bout de plusieurs mois de servilité, la comptabilité me sortait par les yeux, mon train de vie ne s’était pas tellement amélioré, je ne crevais plus de faim mais je vivais quand même comme un rat.
Quand enfin il me fit venir dans son bureau et me demanda d’aller lui acheter un cigare à la civette dont il était le client fidèle, je vis dans ces barreaux fumants une espèce de Graal.
C’était assez inattendu qu’il demande ce service à l’assistant comptable, je ne voulais surtout pas savoir pourquoi il m’avait choisi, je vis un signe du destin et saisissant ma chance, je courus au bureau de tabac.
Il oublia, ou bien le fit-il exprès, de me préciser de quel barreau de chaise il s’agissait.
J’étais trop impressionné pour demander une précision sur la marque de cigare.
J’essayais avec la secrétaire qui me répondit qu’elle n’était pas là pour combler mes incapacités, je n’avais qu’à me débrouiller seul.
Toujours aussi serviable !

Arrivé à la civette, je demandais au vendeur quel était le cigare préféré de mon patron, le type m’en proposa trois, je les pris tous, les fis mettre sur son compte et rentrais ventre à terre.
J’ai supposé en voyant sa réaction qu’il s’agissait là d’un test, car il ne parut pas surpris par mon initiative et me félicitant chaleureusement ce qui était étonnant de sa part, m’expliqua que son chauffeur venait de le lâcher.
Il me proposa le poste, si je l’acceptais je garderais mon salaire augmenté d’une prime de mobilité, car j’aurais l’obligation de l’emmener où bon lui semblerait, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Il essayait de me séduire, le chauffeur avait dû se tirer brutalement, sans doute parce qu’il ne supportait plus les caprices de son patron tyrannique.
Moi je m’en foutais, j’acceptais avec enthousiasme.
Sa proposition ressemblait à un mirage. Mon projet allait voir le jour, je jubilais.

C’est à ce poste que je fis la connaissance officielle de Mademoiselle, alors que je les conduisais à une soirée mondaine.

Elle était magnifique dans sa robe de soirée, une belle blonde, fine et élégante.
J’étais très impressionné.
J’eus même un doute sur mes capacités à séduire une telle princesse.
Oui, vous avez bien entendu, moi, je doutais.

Assez rapidement, mes antennes repérèrent que la jeune femme semblait intéressée.
Je jouais l’indifférent, ça fonctionne toujours.
La princesse habituée à ce que tout le monde lui cède, fut piquée au vif et se fit plus insistante.
La partie était gagnée.
Je la fis languir encore un peu, mais pas trop, je ne voulais pas me faire virer. J’aurais pu l’attaquer pour harcèlement sexuel, mais je n’y tenais pas.
Un soir elle me demanda de l’accompagner dans un restaurant, je m’exécutais avec joie.

Ce n’était pas le genre d’endroit où elle se rendait habituellement, une simple trattoria dans le centre-ville.
Arrivés devant l’établissement elle me demanda de me garer et de l’accompagner à l’intérieur de la salle.
Je fis l’étonné et obtempérais, visiblement elle m’invitait à dîner.
La belle n’avait pas froid aux yeux, car tout le monde la connaissait et nous regardait, il faut dire que j’avais le costume typique du chauffeur.

Elle avait l’air de s’en moquer, peut-être même que ça l’excitait de s’encanailler avec un employé, elle devait se demander si j’avais les mêmes pratiques sexuelles que son bourgeois de mec.

Ça ne s’est pas tout à fait passé comme je l’imaginais.
Emmanuelle, c’était son prénom, ne m’avait pas invité pour un repas en amoureux, pas du tout.
Elle me testait elle aussi, manie familiale sans doute.
Elle m’avait observé à mon insu.
Vous savez, l’histoire de l’arroseur arrosé !
Elle voulait savoir si je serais capable de participer à un coup qu’elle montait contre son père.

Elle me promettait un pactole à la clé.
J’étais scié.
Je cherchais une maitresse, je trouvais un maitre.

À jeudi 😉 CS

Laissez un commentaire !